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bonalifestyle Sonderausgabe FR Okt 2019

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EN MOUVEMENT DANS LA

EN MOUVEMENT DANS LA MONTAGNE ont fait d’elle un être meilleur. Suzanne Hüs- ses études de sport à l’ETH de Zurich, elle n’a ser raconte ouvertement son énorme besoin de jamais cessé de se rapprocher des montagnes. bouger, la manière dont elle et son entourage Elle faisait la navette entre son métier d’ensei- souffraient de son agitation. Puis la jeune fille gnante et la formation de guide de montagne, commença à pratiquer l’escalade, put se défou- la navette entre deux mondes, et choisit finale- ler, fit la connaissance de jeunes compagnons ment la vie de guide de montagne. « Je ne l’ai adeptes de la montagne, fut acceptée et encou- jamais regretté, les montagnes sont ma voca- ragée en tant que sportive et en tant qu’être hu- tion, ma vie. » Comme cheffe d’expédition en main. La jeune Suzanne Hüsser avait découvert Nouvelle-Zélande ou au Népal aussi, elle s’est une passion qui n’allait plus jamais la quitter. toujours sentie très bien. Pendant ses expédi- Lorsque le Club Alpin Suisse CAS vit tions, Suzanne Hüsser a fait la connaissance de le jour il y a cent cinquante ans, il consigna dans nombreux alpinistes et a appris à se connaître ses statuts d’accueillir comme membres des elle-même, elle a apaisé de nombreux conflits « Suisses » et « habitants de la Suisse ». Créant ainsi la base d’une querelle : les « Suisses » et « habitants de la Suisse » incluaient-ils les femmes ? Avaient-elles le droit de devenir membres du CAS, ou justement non ? En 1879, ce qu’on appelle la « question des femmes » fut mis pour la première fois à l’ordre du jour de l’Assemblée des délégués du CAS. Ce que ces PHOTOS : màd Suzanne Hüsser est une guide de montagne passionnée qui a eu un coup de cœur pour Zermatt. Aujourd’hui encore, les femmes qui conquièrent des sommets et les guides de montagne diplômées sont une minorité. qui s’exacerbaient – situations extrêmes incluses. Durant toutes ces années, lors de toutes ces courses d’alpinisme, sur toutes ces voies d’escalade et pendant toutes ces expéditions, la guide de montagne diplômée a vécu beaucoup de choses. « Des accidents aussi, ça en fait partie », dit Hüsser. Comme le fait d’interroger son rôle de femme et de femme guide de montagne messieurs ne pouvaient pas savoir à l’époque : en territoire masculin. leur club était destiné à se pencher sur cette En 1980, les préjugés envers les question durant exactement un siècle. Les pre- femmes étaient bien plus grands qu’au- mières années, ce fut surtout l’absence de solu- La question des sexes n’est, en 2019, jourd’hui, mais le chemin de la montagne tion nationale qui agita l’association. toujours pas réglée définitivement : « Quand s’était quelque peu aplani pour elles : lors de Certaines sections exclurent les je me présente aux clients comme leur guide, leur 118e Assemblée des délégués à Brugg, les femmes, d’autres les acceptèrent et deman- certains réagissent encore avec étonnement et hommes se prononcent à une grande majori- dèrent des cartes de légitimation nationales, s’inquiètent de savoir si en tant que femme, té pour donner aux sections le droit d’accepter que le Comité central refusait de délivrer. Les je peux arriver au sommet avec eux », dit des femmes, et pour ouvrir en outre le plus délégués n’eurent de cesse de chercher une so- Suzanne Hüsser. Et d’ajouter que ce n’est pas le vite possible des négociations de fusion avec le lution, mais sans succès. Une fois, ils remirent cas uniquement avec des alpinistes de cultures Club Suisse des Femmes Alpinistes CSFA. Des la décision à l’année suivante, une autre fois, étrangères, non, ça l’est aussi chez les partici- négociations qui ne durent pas longtemps : la ils laissèrent aux sections le soin de prendre la pants suisses. Depuis, Suzanne Hüsser s’est fusion est effective en 1980. Non sans quelque décision, puis ils essayèrent en vain d’adapter habituée à de telles situations et elle sait que nostalgie pour certaines : ce regroupement fait leurs statuts. Jusqu’en 1907 : à l’occasion de ces préjugés s’estompent rapidement. En fin disparaître le CSFA pour toujours. Aujourd’hui, leur Assemblée à Berne, les délégués décidèrent de compte, ce sont toujours sa passion pour les femmes représentent environ un tiers de d’exclure expressément les femmes de l’associa- la montagne, sa formation professionnelle, tous les membres du CAS ; plus de 40 % des tion. Les femmes qui en avaient été membres jusque-là purent le rester, mais elles n’avaient plus le droit de porter les insignes du club. En réponse, les femmes fondèrent en 1918 le Club Suisse des Femmes Alpinistes ( CSFA ). sa longue expérience et les moments communs qui triomphent. Certes, Suzanne Hüsser n’a pas grandi dans un cadre alpin, mais aujourd’hui, elle ne peut plus s’imaginer vivre en ville et sans montagnes. Pendant et après nouveaux membres sont des femmes. Elles sont sous-représentées dans les niveaux de hiérarchie plus élevés : seuls quelque 15 % de tous les chefs d’excursions sont des femmes. Le CSFA, lui, est tombé dans l’oubli. PHOTOS : TIM X. FISCHER 26 27 LIFESTYLE bona