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bonalifestyle Sonderausgabe FR Okt 2017

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SWISS ART Près de 5000

SWISS ART Près de 5000 sonnailles quittent chaque année la petite fabrique d’Eligius Schelbert. Dans sa forge du Muotathal, dans le canton de Schwytz, Eligius Schelbert insiste : il n’est pas fondeur, mais forgeron de cloches. Oui, dit-il, son arrière-grand-père coulait encore les cloches, mais depuis trois générations, la famille Schelbert s’est spécialisée en forge de cloches en tôle d’acier. Un métier qui fut donné à Eligius quasiment au berceau – avec un prénom annonciateur, puisque saint Eloi est le patron des maréchaux-ferrants. Et Eligius Schelbert a passé une grande partie de son enfance dans l’atelier familial avec son père. Il a toutefois pratiquement doublé la production par rapport à l’époque de ses parents : près de 5000 sonnailles quittent chaque année sa petite fabrique. Elles sont prisées dans les régions rurales de Suisse, mais aussi par les paysans et associations de costumes traditionnels en Autriche, Tyrol du Sud et sud de l’Allemagne. Les cloches Schelbert ne sont cependant pas portées que par des vaches: les groupes folkloriques représentent une clientèle importante, comme celui du « Chlausjagen » de Suisse centrale, « où chacun doit avoir sa propre cloche», dit Schelbert. Sans oublier les touristes. Et les entreprises suisses à l’étranger qui aiment en commander pour les offrir comme cadeaux authentiques. Une fois, Eligius Schelbert put ainsi livrer d’un coup au Japon 300 petites « Froschmaul-Treichlen», des sonnailles en forme de gueule de crapaud – elles tintent désormais sans doute dans des foyers asiatiques plutôt qu’au cou de vaches. Jusqu’à trente étapes de fabrication sont nécessaires pour transformer la tôle d’acier en cloche prête à l’emploi. Schelbert sélectionne l’épaisseur de tôle appropriée selon le modèle à réaliser – elle peut atteindre quatre millimètres pour la plus grande « Froschmaul-Treichle». 250 tonnes d’une presse hydraulique exercent une pression sur l’ébauche pour la former et la bomber, puis les demi-sonnailles qui en ressortent sont soudées ensemble. « Cette opération est déterminante pour la qualité, il ne faut pas qu’apparaissent des tensions ou fissures», nous révèle le maître. La cloche est ensuite polie, façonnée au marteau, brossée et pourvue de ses battant, porte-battant et anse. Grâce à la pratique de toute une vie, Schelbert trouve sans aucune autre aide la sonorité parfaite: en martelant de manière ciblée le bord de la cloche – la partie inférieure, celle que le battant viendra frapper – il élargit ou rétrécit la circonférence. Plus l’ouverture est étroite, plus le son sera clair, plus la tôle est souple, plus le son sera sourd. « Mon oreille fait office de diapason », dit en souriant le forgeron qui affirme pouvoir reconnaître chacune de ses cloches de loin à sa sonorité. La plupart du temps, la production est divisée en séries de dix : pour confectionner dix cloches, Eligius Schelbert travaille pendant deux jours, secondé par une autre personne. La saison haute est le printemps – «à peine la neige a-t-elle fondu que les vendeurs veulent avoir la marchandise ». C’est pourquoi il prépare déjà le travail tout au long de l’hiver, afin de remplir les étagères. Il n’y a plus beaucoup de fabricants de «Treichlen» en Suisse. Et Eligius Schelbert, 62 ans, pense aussi à fermer ou à vendre, puisque aucun descendant ne veut reprendre l’affaire familiale. Mais jusqu’en 2018, il vaquera encore tous les jours à son activité, maniant le marteau, faisant jaillir les étincelles et écoutant de son ouïe fine si la sonorité de ses cloches est bien pure et exacte. www schelbert.ch Forge et boutique Schmiede Eligius Schelbert, 6436 Muotathal Tél. 031 830 11 32 Visites possibles à partir de 10 personnes, seulement sur rendez-vous. bona 50 51