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bonalifestyle Sonderausgabe FR Okt 2017

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STEPHAN HÜRLEMANN

STEPHAN HÜRLEMANN bonaLifestyle : Quand on parle d’objets d’ameublement, le terme «design » est sur toutes les lèvres. Supportez-vous encore de l’entendre ? Stephan Hürlemann: Effectivement, on assiste à une inflation dans l’utilisation du mot «design ». Il est censé valoriser l’objet auquel il se réfère. Indépendamment de cela, ce terme est ancré si profondément dans notre culture que nous sommes obligés d’y avoir recours, bon gré mal gré. Stephan Hürlemann était l’associé de Hannes Wettstein. Après la mort de Wettstein en 2008, il a dirigé et marqué de son empreinte le célèbre « Studio Hannes Wettstein». Depuis 2016, l’entreprise porte son nom: Hürlemann. Ce diplômé en architecture de l’ETH fait aujourd’hui partie des designers les plus convoités de Suisse. En plus de concevoir des meubles et objets, il travaille dans son agence zurichoise sur des projets architecturaux, sur de l’aménagement intérieur et esquisse des scénographies pour des clients internationaux. Architecte et designer renommé, vous avez conçu des meubles et objets pour de Sede et d’autres grands noms de la branche. A titre d’exemple, pendant combien de temps avezvous travaillé à la conception de votre sofa DS-77 pour de Sede ? Pour le DS-77, le processus de l’ébauche jusqu’à l’existence du produit fini a duré environ un an. Ce temps varie cependant énormément selon le projet. Il n’est pas rare que plusieurs années s’écoulent avant que l’idée ait atteint le stade de produit fini prêt à être commercialisé. Les meubles aux plans sophistiqués et aux lignes bien étudiées n’ont pas de date de péremption. Est-ce encore au goût du jour ? Ou les meubles de designer de haute qualité finissent-ils eux aussi par être remplacés ? On ne peut pas dire à l’avance si un produit deviendra un classique. Cela n’a souvent rien à voir avec le travail fourni. Même une création sobre qui a vu le jour rapidement peut s’inscrire dans la durée. Evidemment, les produits de classe supérieure tiennent plus longtemps, mais il y a aussi ceux de la classe supérieure dont on se lasse rapidement. Ces dernières années, la pression sur la fréquence de renouvellement s’est accrue. Il est par conséquent devenu beaucoup plus difficile de mettre au point un produit qui restera plus de cinq ans sur le marché. Il y a 30 ans, votre ancien associé Hannes Wettstein (1958 – 2008) a développé avec l’entreprise Belux la lampe à système de câbles « Metro ». Vous avez repensé la conception de cette lampe et créé en 2016 un nouveau produit pour la même société, « Hello ». En demande-t-on plus à un luminaire aujourd’hui qu’avant ? Tout à fait. D’une part, la technologie LED fait que l’efficacité énergétique actuelle est bien meilleure que celle des produits avec éclairages halogènes ou lampes à incandescence. D’autre part, les luminaires modernes doivent pouvoir être intégrés dans des systèmes domotiques eux-mêmes modernes. Cela veut dire que les alimentations et les dispositifs de pilotage sont plus complexes qu’avant. Avec la lampe Hello, deux câbles de tension devaient me servir à n’en former qu’un seul. L’unique tâche du câble de support est de porter les éléments d’éclairage ; il ne conduit plus le courant comme le faisait le luminaire Metro. Dans Hello, le courant passe d’un corps éclairant à l’autre au moyen d’un câble spiralé. Quel a été le challenge lors de l’élaboration de l’enceinte Master Line Source 2 pour Piega ? La structure de la MLS2 est très exigeante. Ses traits particuliers sont les rubans aigus et médiums linéaires qui fonctionnent comme dipôle. La forme de nombreuses enceintes disponibles sur le marché reproduit leur constitution intérieure, ces enceintes sont souvent expressives et suscitent des réactions opposées. J’ai souhaité concevoir un haut-parleur dont la technique complexe n’empêcherait pas la silhouette bien définie de paraître logique. Mon concept consistait à apaiser la volumétrie grâce à la lentille à lamelles et à faire percevoir l’enceinte comme objet fini. La MLS2 ressemble donc à l’archétype d’une enceinte colonne qui s’intègre bien dans diverses pièces. Ses vraies spécificités ne ressortent qu’au deuxième coup d’œil. Vous développez un nouveau concept architectural pour la société de prestations de services immobilière bonacasa. Quel en est l’enjeu? L’idée de bonacasa m’a impressionné dès le départ. Son concept d’habitat offre une base au logement avec services pour toutes les générations et qui s’adresse en même temps aussi aux personnes plus modestes financièrement. En tant qu’architecte, ce sont surtout les exigences spatiales qui m’ont intéressé. Le premier élément que nous transférons dans le standard bonacasa est la salle de bains « minimale ». Notre concept a beaucoup à offrir, et ceci dans un espace réduit. Il répond aussi aux besoins des personnes âgées sans qu’en émane une atmosphère de maison de retraite médicalisée. Par exemple, la salle de bains doit-elle être multifonctionnelle ? Flatter les sens, offrir des composantes «intelligentes» – et de surcroît satisfaire les attentes de toutes les générations et éliminer tous les seuils gênants ? Le but n’est pas de créer un mouton à cinq pattes. Nous avons essayé de définir une structure la plus fonctionnelle possible qui soit accessible en fauteuil roulant sans insister sur cette caractéristique. Nous voulions en outre faire naître dans cette pièce un climat plaisant sans recourir pour cela à des surfaces ou appareils onéreux. Le bois semble être très prisé actuellement, tellement prisé qu’on trouve même du carrelage motif bois. Mais est-ce que vous poseriez un parquet en bois véritable dans une salle de bains, par exemple le «Formpark » que vous avez conçu pour le fabricant de parquet suisse Bauwerk? Je ne suis pas du tout ami avec les pseudo-produits qui prétendent être quelque chose qu’ils ne sont pas. Cependant, la plupart des planchers en bois, dont «Formpark », ne sont que moyennement appropriés à un milieu humide. Une sorte de bois compatible avec l’eau serait le teck. Or, en Suisse, nous sommes très prudents en ce qui concerne les bois tropicaux. A juste titre. Mais le teck correspond en Asie à ce qu’est le chêne ici en Europe. C’est un bois merveilleux. Je pars du principe que dans les années à venir, le teck produit de manière « durable» s’implantera en Europe. Dans ce cas, j’en installerais aussi dans les pièces humides en toute bonne conscience. Le design s’est-il démocratisé et les solutions « intelligentes » sont-elles moins élitaires de nos jours qu’il y a encore 30 ans ? Pour moi, un design réussi n’a rien à voir avec une société élitiste. J’ai la conviction que l’on a moins de dépenses au final si l’on investit son argent dans de la qualité. Cette philosophie constitue depuis le modernisme classique une grande motivation pour réaliser des créations exceptionnelles. www huerlemann.com bona 34 35